#InterdireLeCoran Dieu, l’Un, l’immanence radicale, n’est pas Transcendant

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2018/07/29/cochetbrunschvicg-24-scienceinternelle-ni-monisme-ni-dualisme/

«

Cette notion de vérité , acte de présentification en dehors duquel rien n’existe, ne doit pas rester confuse. Malgré le dédoublement qui résulte du passage du présent éternel au présent chronologique essentiellement fuyant, il ne s’agit pas d’un dualisme, car rien n’est séparé dans l’acte spirituel. Il ne s’agit pas non plus d’un monisme, la notion d’un tout accomplissant justement cet arrêt, qui trahit l’acte de l’esprit. Il s’agit d’une propagation de ce pouvoir unitif qui exprime seul le pouvoir d’actualisation, qui soutient le monde des corps et celui de la pensée. Il ne faut pas confondre ce pouvoir du lien, par lequel l’intelligence saisit les choses dans son double mouvement, d’abord en les attachant par une succession chronologique, ensuite en les intégrant toutes dans chacune de leurs articulations séparées , avec une procession de l’un vers le multiple et un retour du multiple vers l’un, selon le mode plotinien. Ceci pour deux raisons :
1 toute procession est chronologique et n’exprime que le terme médiat de l’esprit, son expression diminuée

2 l’un n’est pas transcendant, mais exprimé adéquatement par l’immanence ; c’est par elle qu’il est inséparable du réel, contenu en chacun de ses termes et les contenant tous, connus et inconnus. En vertu de la conception de la vérité telle que nous l’avons exposée et de la connaissance intégrale qui en résulte, la transcendance est ici absolument écartée. Car une Transcendance ne peut se poser que par un jugement ou une croyance affirmative. Mais un jugement de Transcendance seraittranscendant lui même à la chose jugée, qui dépendrait de lui . Et une affirmation la rendrait dépendante d’une croyance, sans vérification possible . La notion de foi exclut celle de vérité ; car une notion connue vraie n’est plus objet de foi et d’une notion mystérieuse, on ne peut savoir si elle est vraie ou fausse. C’est pourquoi les croyants ne peuvent affirmer leur foi que par le martyre, qui d’ailleurs ne prouve aucune vérité. C’est pourquoi Galilée n’avait pas besoin de mourir pour que sa science soit vraie.
L’immanence au contraire est vérifiée sitôt connue, puisqu’elle est l’acte même de présentification »

Paul Schrader : Mishima, a Life in four charters (1985)

Le film est ici :

https://ok.ru/video/4446678813184

Ou ici :

https://ok.ru/video/40250116767

mais des sous titres qui se recouvrent peuvent créer la confusion, aussi est il préférable de recourir au script :

https://transcripts.thedealr.net/script.php/mishima-a-life-in-four-chapters-1985-NJD

C’est le chapitre 4 final qui est surtout poignant : « Harmony of Pen and sword »; on assiste à la tentative de Mishima, aidé par quatre jeunes hommes, de kidnapper le général commandant l’école militaire et d’exiger de pouvoir haranguer la garnison

https://fr.wikipedia.org/wiki/Yukio_Mishima

https://fr.wikipedia.org/wiki/Masakatsu_Morita

Mais le discours de Mishima ne provoque que les huées des jeunes soldats; il rentre alors dans le bureau du général où celui ci est retenu en otage et met fin à ses jours par seppuku.

Il y a sans nul doute une dimension christique dans le personnage, en même temps qu’il apostrophe les soldats il tient dans le film une sorte de dialogue intérieur sur l’interprétation qu’il faut avoir selon lui de son action en ce jour du 25 novembre 1970, dialogue avec lui même intégralement retranscrit dans le script :

https://transcripts.thedealr.net/script.php/mishima-a-life-in-four-chapters-1985-NJD

, notamment quand il se remémore le voyage qu’il fit dans un avion à réaction militaire, qu’il raconte aussi dans « Le soleil et l’acier » :

« C’est alors que je vis le Serpent, lové autour de la Terre »

«

Never in physical action had I discovered the chilling satisfaction of words.

Never in words had I experienced the hot darkness of action.

Somewhere there must be a higher principle which reconciles art and action.

That principle, it occurred to me, was death. »

C’est à dire que ce Principe qui réconcilie les mots (l’art) et l’action est la mort.

«

The vast upper atmosphere, where there is no oxygen, is surrounded with death.

To survive in this atmosphere, man, like an actor, must wear a mask.

Flying at 45,000 feet, the silver phallus of the fuselage floated in sunlight.

My mind was at ease, my thought process lively.

No movement, no sound, no memories.

The closed cockpit and outer space were like the spirit and body of the same being.

Here I saw the outcome of my final action.

In this stillness was a beauty beyond words.

No more body or spirit, pen or sword, male or female. »

Il parle là aussi du Serpent lové autour de la Terre, symbole de la réconciliation, mais à un niveau supérieur à celui de la logique, des contradictions entre pensée et action :

«

Then I saw a giant circle coiled around the earth, a ring that resolved all contradictions, a ring vaster than death, more fragrant than any scent I have ever known.

Here was the moment I had always been seeking. »

Il trouve dans la mort ce qu’il avait cherché toute sa vie..ce que confirme le « diagnostic « final donné en voix « off » par Schrader lui même :

« The instant the blade tore open his flesh, the bright disk of the sun soared up behind his eyelids and exploded, lighting the sky for an instant. « 

Ici apparaît l’instant , qui se révèle à lui dans la mort : c’est exactement la même révélation qu’a connue Grothendieck au camp de Rieucros sous la forme géométrique du cercle, symbole de l’Un, qui apparaît aussi à Mishima comme « cercle géant lové autour de la Terre » , solution de toutes les contradictions :

https://espacehott.wordpress.com/2022/07/14/la-revelation-a-alexandre-grothendieck-au-camp-de-rieucros-lidee-de-lun/

Dans cette révélation de l’instant au moment de la mort, brille comme un Soleil qui explose celle de l’Absolu :

https://espacehott.wordpress.com/2022/04/15/quest-que-labsolu-linstant-appele-chronon/

Einstein est il responsable de la création de la bombe atomique ?

La réponse est : non !

https://www.rtl.fr/actu/debats-societe/la-bombe-nucleaire-a-t-elle-ete-creee-grace-a-albert-einstein-7900139737

Par contre le franc-maçon Truman est sans doute impliqué dans le choix de Nagasaki comme cible :

https://ripostelaique.com/nagasaki-choisie-et-rasee-par-le-franc-macon-truman-parce-que-catholique.html

Lors du crime contre l’humanité d’Août 1945

Où va ce blog ? Pensée de l’un, pensée du temps

Depuis longtemps, la question de la distinction entre « participation à l’un » et « participation à l’être « , centrale dans l’évolution du « brunschvicgisme » et de ses différentes problématiques, s’est posée ici :

https://espacehott.wordpress.com/2022/02/05/participation-a-lun-et-participation-a-letre-le-theme-le-plus-important-du-brunschvicgisme/

Mais une percée , décisive à mon sens, a été réalisée en identifiant l’Absolu, qui est l’Un, à l’instant infinitésimal appelé AION :

https://espacehott.wordpress.com/2022/03/22/l-absolu-lunique-verite-dont-dieu-ait-a-nous-instruire/

https://espacehott.wordpress.com/2022/04/15/quest-que-labsolu-linstant-appele-chronon/

La seule chose qui importe est « l’itinéraire de la conscience en Dieu » ( itinerarium mentis in Deum de St Bonaventure), sa progression vers le sommet lumineux de la dialectique platonicienne, qui est la présence de l’unité dans la conscience :

https://espacehott.wordpress.com/2022/05/09/dieu-est-la-presence-de-lunite-dans-la-conscience/

Méditer l’être en éloigne et fait redévaler la pente, mais méditer l’un ramène vers le sommet..

https://fr.wikisource.org/wiki/Igitur

« Minuit sonne — le Minuit où doivent être jetés les dés. Igitur descend les escaliers, de l’esprit humain, va au fond des choses : en « absolu » qu’il est. «

« J’ai toujours vécu mon âme fixée sur l’horloge. Certes, j’ai tout fait pour que le temps qu’elle sonna restât présent dans la chambre, et devînt pour moi la pâture et la vie — j’ai épaissi les rideaux, et comme j’étais obligé pour ne pas douter de moi de m’asseoir en face de cette glace, j’ai recueilli précieusement les moindres atomes du temps dans des étoffes sans cesse épaissies. — L’horloge m’a fait souvent grand bien. »

« Il ferme le livre — souffle la bougie, — de son souffle qui contenait le hasard : et, croisant les bras, se couche sur les cendres de ses ancêtres. »

«

IL SE COUCHE AU TOMBEAU

ou les dés — hasard absorbéSur les cendres des astres, celles indivises de la famille, était le pauvre personnage, couché, après avoir bu la goutte de néant qui manque à la mer. (La fiole vide, folie, tout ce qui reste du château ?) Le Néant parti, reste le château de la pureté. »

Néant qui est la vérité de l’être :

https://espacehott.wordpress.com/2022/07/18/singevin-de-letre-a-lun-le-neant-est-la-verite-de-letre-mais-quelle-est-la-verite-de-lun/

Tout autant que l’Absolu , qui est l’unique vérité dont Dieu ait à nous instruire, est la vérité de l’un.

Deux types de pensée donc : pensée -selon-l’être et pensée – selon- l’un

https://meditationesdeprimaphilosophia.wordpress.com/2012/04/16/pensee-selon-letre-et-pensee-selon-lun/

https://meditationesdeprimaphilosophia.wordpress.com/2012/04/16/lun-et-la-pensee-ensembliste/

La première , la pensée ontologique, est « la voie large qui mène à la perdition « c’est à dire au néant, vérité de l’être ; la seconde, pensée hénologique, est la « porte étroite » de l’instant, qui donne accès au Royaume des Cieux.

La présence de l’unité dans la conscience, sommet de la dialectique de l’un, est la présence de la conscience à l’instant, c’est à dire la vie dans le présent, qui est la vie éternelle. Méditer l’être en éloigne et achemine vers la « chute dans le temps », méditer l’un y ramène..

« science avec patience, le supplice est sûr »

https://www.poetica.fr/poeme-651/arthur-rimbaud-eternite/

Elle est retrouvée.
Quoi ? – L’Eternité.
C’est la mer allée
Avec le soleil.

Ame sentinelle,
Murmurons l’aveu
De la nuit si nulle
Et du jour en feu.

Des humains suffrages,
Des communs élans
Là tu te dégages
Et voles selon.

Puisque de vous seules,
Braises de satin,
Le Devoir s’exhale
Sans qu’on dise : enfin.

Là pas d’espérance,
Nul orietur.
Science avec patience,
Le supplice est sûr.

Elle est retrouvée.
Quoi ? – L’Eternité.
C’est la mer allée
Avec le soleil.

Arthur Rimbaud, Derniers vers

Mais ici nous prônons la « science avec conscience «

Deuxième méditation métachronologique : le lien avec Descartes

Toujours dans la deuxième méditation métachronologique, consacrée au présent , page 7 à 12 :

https://hal.archives-ouvertes.fr/hal-01893010v2/document

C’est page 7 que Pierre Michel Klein évoque Descartes et ce passage des Meditationes où il constate : « Je suis, j’existe » Le texte est :

« Je suis, j’existe : cela est certain ; mais combien de temps ? À savoir, autant de temps que je pense ; car peut-être se pourrait-il faire si je cessais de penser, que je cesserais en même temps d’être ou d’exister ». René Descartes, Méditations métaphysiques [1641],

Cf :

http://philia.online.fr/txt/desc_006.php

Tout le cogito tient en cette formule : trouver un « point d’Archimede », une première vérité absolument incontestable

Puis-je accéder à une vérité absolument incontestable ?

Archimède, pour tirer le globe terrestre de sa place et le transporter en un autre lieu, ne demandait rien qu’un point qui fût fixe et assuré. Ainsi j’aurai droit de concevoir de hautes espérances, si je suis assez heureux pour trouver seulement une chose qui soit certaine et indubitable*

.
Je suppose donc que toutes les choses que je vois sont fausses ; je me persuade que rien n’a jamais été de tout ce que ma mémoire remplie de mensonges me représente ; je pense n’avoir aucun sens ; je crois que le corps, la figure, l’étendue, le mouvement et le lieu ne sont que des fictions de mon esprit. Qu’est-ce donc qui pourra être estimé véritable ? Peut-être rien autre chose, sinon qu’il n’y a rien au monde de certain.
Mais que sais-je s’il n’y a point quelque autre chose différente de celles que je viens de juger incertaines, de laquelle on ne puisse avoir le moindre doute ? N’y a-t-il point quelque Dieu ou quelque autre puissance qui me met en l’esprit ces pensées ? Cela n’est pas nécessaire ; car peut-être que je suis capable de les produire de moi-même. Moi donc à tout le moins ne suis-je point quelque chose ? Mais j’ai déjà nié que j’eusse aucun sens ni aucun corps ; j’hésite néanmoins, car que s’ensuit-il de là ? Suis-je réellement dépendant du corps et des sens que je ne puisse être sans eux ? Mais j’ai déjà nié qu’il n’y avait rien du tout dans le monde ; qu’il n’y avait aucun ciel, aucune terre, aucuns esprits ni aucuns corps ; ne me suis-je donc pas aussi persuadé que je n’étais point ? Tant s’en faut ; j’étais sans doute, si je me suis persuadé ou seulement si j’ai pensé quelque chose. Mais il y a un je ne sais quel trompeur très puissant et très rusé qui emploie toute son industrie à me tromper toujours.
Il n’y a donc point de doute que je suis, s’il me trompe ; et qu’il me trompe tant qu’il voudra, il ne saura jamais faire que je ne sois rien tant que je penserai être quelque chose. De sorte qu’après y avoir bien pensé et avoir soigneusement examiné toutes choses, enfin il faut conclure, et tenir pour constant que cette proposition : Je suis, j’existe, est nécessairement vraie, toutes les fois que je la prononce ou que je la conçois en mon esprit. »

Or cette proposition « je suis, j’existe » est indubitable, à condition que je la pense à l’instant même

Le livre de Brunschvicg à lire absolument ici est « Descartes et Pascal lecteurs de Montaigne «

http://classiques.uqac.ca/classiques/brunschvicg_leon/descartes_et_pascal/descartes_et_pascal_preface.html

« En plaçant explicitement Montaigne le sceptique à la source d’une histoire, et de l’histoire la plus pure à ses yeux, celle qui se donne dans deux très grandes philosophies de la science, Brunschvicg réévalue la puissance et le rôle de la relativité de nos idées. Nous mesurons ici la radicalité de l’enjeu de Descartes et Pascal lecteurs de Montaignecar ce que Brunschvicg met à l’épreuve, ce n’est rien moins que le sens de cette histoire qu’il n’a cessé de préciser tout au long de sa carrière. Par là même, il réévalue, sans le souligner, sans peut-être même en prendre totalement conscience, la question de la modernité. Spontanément, Brunschvicg identifie celle-ci à l’histoire d’un progrès et d’une certitude rationnelle. Mais dans Descartes et Pascal lecteurs de Montaignel’inflexion est autre. Sans doute avec Descartes, « le gué a été découvert et franchi » sur le fleuve tumultueux du scepticisme de Montaigne.

Le défi porté par Montaigne à la raison humaine est victorieusement relevé »

Il y a cependant un « mais » :« Mais il importe de remarquer que Descartes a dû traverser le pyrrhonisme afin de se rendre capable de lui répondre [»

La modernité s’est trouvé un autre commencement. Elle s’ouvre avec l’incertitude jetée sur tout par Montaigne. Et la lecture de Montaigne par Descartes et Pascal dépasse une simple influence de Montaigne sur le XVIIe siècle que Brunschvicg avait repérée depuis longtemps. C’est à un bouleversement de sa vision antérieure de la modernité qu’il procède, en acceptant une sorte de changement de centre de gravité de la modernité. Ce centre n’est plus la vérité de la science mais l’inquiétude du scepticisme. Dès lors, la modernité serait la certitude de la raison qui ne cesse de s’épuiser et de se renouveler dans l’épreuve du relativisme absolu de Montaigne. Elle s’ouvre non plus sur un Discours de la méthode, mais sur des Essais. En son fond, Brunschvicg découvre le tremblement de l’incertitude avant le rétablissement de l’évidence rationnelle par Descartes.« En ce sens, Descartes légitime le scepticisme et le pessimisme des Essais, par qui l’histoire fait en quelque sorte justice de l’histoire pour donner à l’esprit humain le moyen de déboucher dans l’éternité. L’ironie agnostique de Montaigne est la meilleure préparation à une intelligence directe de Descartes »

Comment ne pas observer ici que cette vérité incontestable « Je suis, j’existe » est formulée dans le langage de l’être, et non de l’un ?

https://espacehott.wordpress.com/2022/03/02/singevin-de-letre-a-lun/

https://espacehott.wordpress.com/2022/07/17/de-letre-a-lun-article-de-singevin-lhorizon-de-letre-sur-lequel-se-detachent-les-etants-cest-le-neant-heidegger/

La tragédie de la modernité trouve son origine à l’époque de Descartes, et Pascal, lecteurs de Montaigne :

«

Et la conclusion propre de Brunschvicg, quelle est-elle ? La Première Guerre mondiale ne l’avait pas amené à remettre en cause sa certitude, au demeurant nuancée, du progrès de la raison, ni à faire se rejoindre les deux plans de la vie humaine, où se joue le paroxysme des guerres, et de la pensée où évolue la raison. La pensée de l’histoire fait au fond figure d’« unité sans drame » comme Brunschvicg l’aurait dit à Aron lors de la soutenance de thèse de ce dernier à propos de l’opposition des idéologies et de la dialectique L’expérience de la Seconde Guerre mondiale semble infléchir le jugement de Brunschvicg également sur ce point. Nous trouvons un indice du changement dans un texte chronologiquement très proche de Descartes et Pascal lecteurs de Montaigne, l’Agenda retrouvé, écrit en 1942 :« Spectacle tragique au XXe siècle : plus le sommet s’élève, plus la masse s’enfonce, et risque de tout faire chavirer »

Les deux plans de la pensée et de la vie ne se confondent toujours pas, pas plus que le sommet et la base, mais la menace d’un chavirement définitif se fait jour. Le spectacle est devenu « tragique », et il ne laisse pas le choix.« En 1892 le candidat spectateur pouvait se croire une quelconque liberté de choisir son spectacle ; en 1942, hélas! »

On peut comparer cette tragédie à l’expression de Descartes et Pascal lecteurs de Montaigne que nous avons déjà rappelée : le drame « aux origines de la pensée française ». À l’orée de la modernité, le progrès de la conscience s’est fait soudain dramatique. Mais ce drame n’est pas seulement celui de la pensée. Il correspond à l’expérience « sinistre » de l’époque de Montaigne. Le drame de la pensée s’est joué pour la première fois dans une époque tragique, celle des guerres de religion, dont Montaigne est le témoin. Mais cette épopée du malheur est demeurée longtemps abstraite pour Brunschvicg.« Les guerres de religion sont des événements dont l’humanité se détourne, pour ainsi dire spontanément, afin de ne pas perdre toute confiance en l’humanité »

Or, l’humanité au XXe siècle ne se détourne pas de la tragédie. L’horreur de l’époque de Montaigne se rejoue de nouveau avec la Seconde Guerre mondiale. Et en son fond, Descartes et Pascal lecteurs de Montaigne est le marqueur de cette répétition tragique : le drame a glissé du monde de la pensée à celui de l’expérience humaine dans l’épreuve du déchirement de la guerre. »

L’alternative à la vérité absolue trouvée par Descartes , mais exprimée dans la langue de l’un et non dans celle de l’être a été affirmée bien avant Descartes : c’est « Moi et le Père sommes un »

https://saintebible.com/john/10-30.htm

« afin que tous soient un, comme toi, Père, tu es en moi, et comme je suis en toi, afin qu’eux aussi soient un en nous, pour que le monde croie que tu m’as envoyé. »

« Neige » le sommet du Grand Œuvre hermétique de Thomas Mann : « La montagne magique «

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2017/12/08/la-montagne-magique-neige-le-sommet-de-tout-le-livre/

Hans Castorp s’aventure dans une randonnée solitaire dans la montagne, il est pris dans une tempête de neige où il échappe de peu à la mort, au cours de cette promenade il prend une résolution : « je veux être bon » et assiste à une scène imaginative étonnante : des jeunes gens enlacés au bord de la plage ( versant apollinien) puis deux affreuses vieilles femmes sacrifiant un enfant ( versant dionysiaque). Les deux scènes semblant si opposées traduisent en réalité Eros, l’Amour érotique, l.empêchement majeur à ce que « l’Amour se lève un jour » ( l’amour intellectuel de Dieu, le véritable Amour universel, en dualité avec Eros) Cette dualité a été dépeinte par le christianisme sous l’appellation « Eros vs Agapé », mais Amor Dei Intellectualis de Spinoza n’est pas exactement la même chose qu’Agapé, la charité

https://espacehott.wordpress.com/2022/07/16/amordeiintellectualis-lacte-unifiant-de-lintelligence-et-lacte-unifiant-de-lamour/

«

Non, ce monde, en son silence insondable, n’avait rien d’hospitalier ; il admettait le visiteur à ses risques et périls, il ne l’accueillait pas, en somme, il tolérait son intrusion, sa présence d’une manière peu rassurante, sans répondre de rien, et c’était l’impression d’une menace muette et élémentaire, non pas même d’une hostilité, mais d’une indifférence meurtrière qui s’en dégageait. L’enfant de la civilisation, étranger de formation et par ses origines à cette nature sauvage, est plus sensible à sa grandeur que son rude fils, qui a dû compter avec elle dès son enfance et qui vit avec elle sur un pied de familiarité banale et calme. Ce dernier connaît à peine la crainte religieuse avec laquelle l’autre, fronçant les sourcils, affronte la nature, crainte qui influe sur tous ses rapports intimes avec elle, et entretient constamment dans son âme une sorte de bouleversement religieux et une émotion inquiète….

En un mot : Hans Castorp montrait du courage là-haut, s’il faut entendre par courage devant les éléments non pas un sang-froid obtus en leur présence, mais un don conscient de soi-même et une victoire remportée par la sympathie pour eux, sur la peur de la mort. Sympathie ? En effet, Hans Castorp éprouvait, en son étroite poitrine civilisée, de la sympathie pour les éléments ; et à cette sympathie tenait la nouvelle conscience qu’il avait prise de sa propre dignité, à considérer la tourbe des lugeurs, ainsi que le sentiment qu’une solitude plus profonde et plus grande, moins confortable que le balcon de son hôtel était convenable et désirable pour lui. Du haut de son balcon il avait contemplé les sommets plongés dans le brouillard, la danse de la tempête de neige, et il avait eu honte jusqu’au fond de l’âme de rester un spectateur abrité derrière le rempart du confort. C’est pourquoi – et non point par prétention de sportif, ni par allégresse physique et spontanée, – il avait appris à faire du ski. S’il ne se sentait pas en sûreté là-haut, dans la grandeur et le silence de mort de ce paysage – et cet enfant de la civilisation ne s’y sentait en effet pas du tout à l’aise, – son esprit et ses sens avaient déjà auparavant fait connaissance de l’énorme et de l’étrange. Un entretien avec Naphta et Settembrini n’était guère plus rassurant ; il conduisait également hors des sentiers battus et vers les périls les plus graves ; et si l’on pouvait parler d’une sympathie de Hans Castorp pour la grande sauvagerie de l’hiver, c’est parce qu’il éprouvait, en dépit de sa pieuse terreur, que ce paysage était le décor le plus convenable pour mûrir les complexes de sa pensée, que c’était là un séjour indiqué pour quelqu’un qui, sans trop savoir comment il en était arrivé là, était accablé de la charge de « gouverner » des pensées qui concernaient l’état et la position de l’Homo Dei.
Les jambes poudrées de neige, il gravissait, appuyé sur ses cannes, quelque blanche hauteur dont les étendues, pareilles à des draps, montaient par terrasses, de plus en plus hautes, conduisant on ne savait où ; il semblait qu’elles ne menaient nulle part ; leur partie supérieure se perdait dans le ciel qui était aussi blanc et brumeux qu’elles et dont on ne savait pas où il commençait ; aucune cime, aucune crête n’était visible, c’était un néant brumeux vers quoi Hans Castorp avançait, et comme, derrière lui, aussi, le monde, la vallée habitée par les hommes ne tarda pas à se refermer également à sa vue, comme aucun son ne lui parvenait plus de là, sa solitude, son isolement devinrent, avant qu’il s’en fût douté, aussi profonds qu’il avait pu le désirer, profonds jusqu’à l’effroi qui est la condition préalable du courage. Praeterit figura hujus mundi, se dit-il à lui-même, en un latin qui n’était pas d’un esprit humaniste. Cette expression lui venait de Naphta.  »

Cette expression qui lui revient de Naphta est traduite par:

« L’apparence de ce monde m’anéantit « 

Il me semble même que le verbe « transcender » s’applique ici : «  l’apparence de ce monde me transcende »

Naphta a cette supériorité sur Settembrini l’homme de gauche enfermé dans les « droits individuels » ( ce qui est la malédiction ahrimanienne de notre époque au 21 eme siècle) de comprendre une partie de la Vérité du Sommet, à savoir que l’individualité psychophysique n’est pas l’Esprit, et est donc illusoire

Hans Castorp pris dans la bourrasque tourné en rond, se retrouve à la cabane, où il espère passer la nuit, qui tombe dans une heure, boit trop de porto pour se réchauffer, et il a brusquement une vision enchanteresse, apollinienne, de beaux jeunes gens sur la grève, qui fait place à une autre vision dionysiaque, effrayante de bébés démembrés:

« D’un mouvement d’épaule il se détacha du mur. Mais à peine se fut-il éloigné du fenil, à peine eut-il fait un pas en avant, que le vent l’assaillit comme un coup de faux, et le repoussa vers l’abri du mur. Sans doute était-ce là le séjour auquel il était réduit et dont il devait provisoirement se satisfaire ; et il avait la faculté de s’appuyer, pour changer, sur l’épaule gauche, en se tenant sur sa jambe droite, tout en agitant un peu l’autre pour la ranimer. Par un temps pareil, se dit-il, on reste chez soi. On peut s’accorder un peu de changement, mais il ne faut pas prétendre à du nouveau, il ne faut pas s’exposer au vent. Tiens-toi tranquille et laisse pendre ta tête, puisqu’elle est si lourde. Le mur est bon, les poutres sont en bois, une certaine chaleur semble même s’en dégager, pour autant qu’il peut, ici, être question de chaleur ; une discrète chaleur naturelle ; peut-être n’est-ce que de l’imagination, peut-être est-ce subjectif… Ah ! tous ces arbres ! Oh ! ce vivant climat des hommes vivants ! Quel parfum !…
C’était un parc qui était situé en-dessous de lui, sous le balcon sur lequel il était sans doute debout, un vaste parc d’une luxuriance verdoyante, des arbres à feuilles, des ormes, des platanes, des hêtres, des érables et des bouleaux, légèrement dégradés dans la coloration de leurs feuillages frais, lustrés, et dont les cimes étaient agitées d’un léger murmure. Un air délicieux, humide, embaumé par les arbres soufflait. Une chaude buée de pluie passa, mais la pluie était éclairée par transparence. On voyait très haut dans le ciel l’air rempli d’un égouttement luisant d’eau. Comme c’était beau ! Oh ! souffle du sol natal et plénitude du pays bas, après une privation si longue ! L’air était plein de chants d’oiseaux, plein de sifflements flûtés, de gazouillements, de roucoulements et de sanglots d’une douce et gracile ferveur, sans que le moindre oiseau fût visible. Hans Castorp sourit, respirant avec reconnaissance. Mais tout cependant se faisait encore plus beau. Un arc-en-ciel se tendit obliquement par-dessus le paysage, complet et net, une pure splendeur, d’un éclat humide, avec toutes ses couleurs qui, onctueuses comme de l’huile, coulaient sur la verdure épaisse et luisante. C’était comme de la musique, comme un son de harpes mêlées à des flûtes et des violons. Le bleu et le violet surtout, coulaient merveilleusement. Tout s’y fondait, s’y perdait magiquement, se métamorphosait, toujours plus beau et plus nouveau. C’était comme ce jour, voici bien des années, que Hans Castorp avait été admis à entendre un chanteur fameux dans le monde entier, un ténor italien dont le gosier avait répandu sur les cœurs des hommes le réconfort d’un art plein de grâce. Il avait attaqué sur une note aiguë qui avait été belle dès le commencement. Mais peu à peu, d’instant en instant, cette harmonie passionnée s’était élargie, s’était dilatée et épanouie, s’était éclairée d’une lumière de plus en plus rayonnante. Un à un, des voiles que d’abord on n’avait pas perçus étaient en quelque sorte tombés ; il y en avait encore un qui, se figurait-on, allait finir par découvrir la lumière suprême et la plus pure, et puis un tout dernier voile encore, et puis un autre, suprême, qui laissa paraître une telle profusion d’éclat et de splendeur baignée de larmes qu’une sourde rumeur de ravissement, ayant résonné comme une objection ou une contradiction, s’était élevée de la foule, et que lui-même, le jeune Hans Castorp, avait été secoué de sanglots. Il en était ainsi à présent de son paysage qui se métamorphosait, qui se transfigurait progressivement. L’azur envahissait tout…

Des jeunes gens, des adolescents s’ébattaient avec des chevaux, couraient, la main aux rênes, à côté des animaux qui hennissaient et rejetaient la tête, tiraient sur les longues guides des chevaux rétifs, ou bien, les montant sans selle, battant des talons nus les flancs de leurs montures, les poussaient dans la mer, cependant que les muscles de leur dos jouaient au soleil sous leur peau bronzée et que les appels qu’ils échangeaient, ou adressaient à leurs bêtes, avaient pour quelque raison comme une sonorité magique. Au bord d’une des baies où la rive se réfléchissait comme dans un lac des montagnes, et qui pénétrait très avant dans la terre, des jeunes filles dansaient. L’une d’entre elles, dont les cheveux ramassés au-dessus de la nuque en un nœud avaient un charme particulier, était assise, les pieds dans un creux du terrain, et jouait sur une flûte de pâtre, les yeux fixés par-dessus ses doigts mobiles sur ses compagnes qui, en de longs vêtements flottants, isolées, les bras ouverts et souriantes, ou par couples, les tempes gracieusement rapprochées, dansaient, tandis que, dans le dos de celle qui jouait de la flûte, derrière ce dos blanc, long, délicat et que les mouvements de ses bras faisaient onduler, d’autres sœurs étaient assises, ou se tenaient enlacées, et regardaient tout en causant paisiblement. Plus loin, de jeunes hommes s’exerçaient à tirer à l’arc. C’était une vision heureuse et amicale que de voir les aînés enseigner aux adolescents maladroits aux chevelures bouclées la manière de tendre la corde en appuyant sur la flèche, de les voir viser avec leurs élèves, les soutenir lorsque le choc en retour de la flèche vibrante les faisait chanceler en riant. D’autres pêchaient à la ligne. Ils étaient étendus sur le ventre, sur les rochers plats du rivage, et trempaient leur ligne dans la mer, bavardant paisiblement, la tête tournée vers leur voisin qui, le corps allongé en une position oblique, lançait très loin son appât. D’autres encore étaient occupés à pousser une barque haute dans la mer, avec ses mâts et ses vergues, tirant, poussant et s’arc-boutant. Des enfants jouaient et jubilaient entre les brise-lames. Une jeune femme, étendue de tout son long, regardant en arrière, d’une main relevait sa robe fleurie entre les seins, en étendant l’autre au-dessus d’elle vers un fruit entouré de feuilles qu’un homme aux hanches étroites, debout à son chevet, lui offrait et lui refusait jouant de son bras tendu. Les uns étaient adossés à des niches rocheuses, d’autres hésitaient au bord du bain en croisant les bras, les mains sur les épaules, en éprouvant de la pointe du pied la fraîcheur de l’eau. Des couples se promenaient le long du rivage et près de l’oreille de la jeune fille était la bouche de celui qui la conduisait familièrement. Des chèvres à longs poils sautaient de roche en roche, gardées par un jeune pâtre qui était debout sur une éminence, une main sur la hanche, s’appuyant de l’autre sur un long bâton, un petit chapeau au bord relevé en arrière posé sur ses boucles brunes.
« Mais c’est ravissant ! » pensa Hans Castorp, c’est tout à fait réjouissant et captivant ! Comme ils sont jolis, bien portants, intelligents et heureux ! Mais quoi ! Ils ne sont pas seulement beaux mais ils sont encore intelligents et intérieurement aimables. C’est là ce qui me touche et ce qui me rend presque amoureux ; l’esprit et le sens immanent à leur être, voudrais-je dire. L’esprit dans lequel ils sont réunis et vivent ensemble ! » Il entendait par là cette grande affabilité ; et les égards égaux pour tous que se témoignaient ces hommes du soleil dans leur commerce : un respect léger et voilé d’un sourire qu’ils se témoignaient les uns aux autres, presque insensiblement, et pourtant en vertu d’une idée qui s’était faite chair, d’un lien de l’esprit qui, manifestement, les reliait tous ; une dignité et une sévérité même, mais toute résolue en gaîté et qui les guidait dans leurs actes et leurs abstentions comme une influence spirituelle et inexprimable d’une gravité nullement sombre et d’une piété raisonnable, encore qu’elle ne manquât pas de toute solennité cérémonieuse. Car là-bas, sur une pierre ronde et moussue, était assise une jeune mère qui avait dégrafé sur une épaule sa robe brune et qui étanchait la soif de son enfant. Et quiconque passait auprès d’elle la saluait d’une manière particulière qui résumait tout ce qui restait si expressivement inexprimé dans la conduite générale de ces hommes : les jeunes gens, en se tournant vers la mère et en croisant légèrement, rapidement et comme pour la forme, les bras sur leur poitrine et en inclinant la tête avec un sourire, les jeunes filles par une génuflexion ébauchée, semblable au geste de celui qui passe devant le maître-autel. Mais en même temps ils lui faisaient de cordiaux, de joyeux et vifs signes de tête, et ce mélange de dévotion formaliste et d’amitié enjouée, en même temps que la lente douceur avec laquelle la mère, qui aidait au bambin à téter sans peine en appuyant de l’index sur son sein, levait les yeux, et remerciait d’un sourire celle qui lui rendait hommage, achevèrent de ravir Hans Castorp. Il ne se lassait pas de regarder et il se demandait néanmoins avec angoisse s’il avait le droit de regarder, si le fait d’épier ce bonheur ensoleillé et civilisé n’était pas répréhensible, pour lui qui se sentait dénué de noblesse, laid et balourd.« 

Mais tout près de cette société paradisiaque, qui était avant l’invasion afro- musulmane celle des pays scandinaves, apparaît une autre vision, infernale :

« Lui aussi tourna la tête… De puissantes colonnes sans socles, faites de blocs cylindriques dans les fentes desquels perçait de la mousse, se dressaient derrière lui, les colonnes du portique d’un temple sur les marches duquel il était assis. Le cœur gros il se leva, gravit les marches par le côté et pénétra dans le portique profond, poursuivit sa marche par une voie dallée, qui lui donna aussitôt accès sur un nouveau parvis. Il le traversa, et voici qu’il avait devant lui le temple, énorme, verdâtre et rongé par le temps, avec un socle de gradins roides et un fronton large qui reposait sur les chapiteaux de colonnes puissantes, presque trapues, mais s’amincissant vers le haut, et de l’assemblage desquels saillait parfois un bloc arrondi. Avec peine, en s’aidant de ses mains et en soupirant, car son cœur se serrait de plus en plus, Hans Castorp escalada les hauts gradins et gagna la forêt de colonnes. Celle-ci était très profonde, il s’y promena comme entre les troncs de la forêt de hêtres, en évitant à dessein le milieu. Mais il y revenait toujours, et il se trouva, à l’endroit où les rangées de colonnes s’écartaient, en face d’un groupe de statues, de deux figures de femmes en pierre, sur un socle, la mère et la fille, semblait-il : l’une, assise, plus âgée, plus digne, très clémente et divine, mais les sourcils plaintifs, au-dessus de ses yeux vides et sans pupille, dans une tunique plissée, ses cheveux ondulés de matrone couverts d’un voile ; l’autre, debout, enlacée maternellement par la première, avec un visage rond de jeune fille, les bras et les mains joints et cachés dans les plis de son péplum.
Tandis que Hans Castorp considérait le groupe, son cœur, pour des raisons obscures, se faisait plus lourd, plus angoissé, plus chargé de pressentiments. Il osait à peine – et il le fallait pourtant – contourner ces figures pour franchir derrière elles la deuxième double rangée de colonnes ; la porte de bronze du sanctuaire était ouverte et les genoux du malheureux vacillèrent devant le spectacle que découvrit son regard. Deux femmes aux cheveux gris à demi nues, aux seins pendants et aux tétines aussi longues que des doigts, se livraient là dedans, entre les flammes des brasiers, à d’effrayantes manipulations. Au-dessus d’un bassin elles déchiraient un petit enfant, le déchiraient en un silence sauvage, avec leurs mains – Hans Castorp voyait les fins cheveux blonds barbouillés de sang – et en dévoraient les morceaux en faisant craquer les petits os friables dans leurs bouches, tandis que le sang coulait de leurs affreuses lèvres. Un frisson glacé immobilisa Hans Castorp. Il voulut couvrir ses yeux de ses mains, mais n’y réussit pas. Il voulut s’enfuir et ne le put pas. Mais voici qu’elles l’avaient aperçu tout en poursuivant leur abominable besogne ; elles agitèrent derrière lui leurs poings sanglants et l’injurièrent sans voix, avec la pire grossièreté, en termes obscènes, et cela dans le patois du pays de Hans Castorp. Il se sentit mal, plus mal que jamais. Désespérément il voulait s’arracher à cet endroit, et tel qu’en faisant cet effort il était tombé accoté à la colonne, tel il se retrouva ayant encore dans l’oreille cet affreux chuchotement criard, agrippé à son fenil dans la neige, couché sur un bras, la tête appuyée, les pieds chaussés de skis étendus devant lui. »

Mais en fait ce n’est qu’un seul et même rêve : la beauté appelle l’horreur sanguinaire, qui prend place à l’intérieur d’un temple antique, endroit réservé aux Mystères et aux initiations:

« Il me semblait bien que c’était un rêve, radotait-il en lui-même. Rêve tout à fait charmant et effroyable. Au fond, je le savais tout le temps et je me suis tout fabriqué moi-même, le parc et la belle humidité, et ce qui est venu ensuite, le beau comme le laid, je le savais presque d’avance. Mais comment peut-on savoir et se fabriquer une chose pareille, enchantement et épouvante ? Où ai-je pris ce beau golfe couvert d’îlots et ensuite l’enceinte du temple vers laquelle m’ont dirigé les regards de cet agréable jeune homme qui était seul ? On ne rêve pas seulement avec sa propre âme, me paraît-il, mais on rêve de façon anonyme et commune, encore qu’à sa propre manière. La grande âme dont tu n’es qu’une parcelle rêve à travers toi, à ta manière, de choses qu’en secret elle rêve toujours de nouveau – de sa jeunesse, de son espérance, de son bonheur, de sa paix… et de sa scène sanglante. Me voici appuyé à ma colonne, et j’ai encore dans mon corps les vrais vestiges de mon rêve, le frisson glacial qui m’a parcouru devant la cène sanglante, et aussi la joie du cœur, la joie que j’ai éprouvée devant le bonheur et les pieux usages de l’humanité blanche. Il me revient, je l’affirme, il me revient de droit d’être étendu ici et de rêver de telles choses. J’ai beaucoup appris chez les gens d’ici sur la déraison et la raison. Je me suis perdu avec Naphta et Settembrini dans les montagnes les plus dangereuses. Je sais tout de l’homme. J’ai scruté sa chair et son sang, j’ai restitué à la malade Clawdia le crayon de Pribislav Hippe. Mais quiconque connaît le corps, connaît la vie, connaît la mort. Et ce n’est pas là tout, c’est tout au plus un commencement, si l’on se place au point de vue pédagogique. Il faut y ajouter l’autre aspect, l’envers. Car tout l’intérêt que l’on éprouve pour la mort et la maladie n’est qu’une forme de l’intérêt que l’on éprouve pour la vie, comme le prouve du reste la faculté humaniste de médecine qui s’adresse en un latin si courtois à la vie et à sa maladie, et qui n’est qu’une variété de cette unique, de cette grande et pressante préoccupation que je veux appeler en toute sympathie par son nom : c’est l’enfant gâté de la vie, c’est l’homme, son état et sa position… Je le connais assez bien, j’ai beaucoup appris chez ceux d’en haut, je suis monté très haut au-dessus du pays plat, au point d’en avoir presque perdu le souffle ; mais du pied de ma colonne j’ai une vue qui ne me semble pas mauvaise… J’ai rêvé de l’état de l’homme et de sa communauté polie, intelligente et respectueuse, derrière laquelle se déroule dans le temple l’affreuse scène sanglante. Combien ils étaient courtois et charmants les uns à l’égard des autres, les hommes du soleil, avec, dans le fond, cette atroce chose ! Ils en tirent une conclusion fine et fort galante. Je veux en mon âme rester avec eux et non pas avec Naphta, du reste pas davantage avec Settembrini ; tous deux sont des bavards. L’un est sensuel et pervers et l’autre n’embouche jamais que le petit cor de la Raison et s’imagine pouvoir y ramener même les fous ; quel manque de goût ! C’est de l’esprit primaire et de l’éthique pure, c’est de l’irréligion, voilà qui est entendu. Mais je ne veux pas non plus me ranger au parti du petit Naphta, à sa religion qui n’est qu’un guazzabuglio de Dieu et du Diable, du Bien et du Mal, tout juste bon pour que l’individu s’y précipite la tête la première, afin de sombrer mystiquement dans l’universel. Ah, ces deux pédagogues ! Leurs querelles et leurs désaccords ne sont eux-mêmes qu’un guazzabuglio et un confus fracas de bataille dont ne se laisse pas étourdir quiconque a le cerveau libre et le cœur pieux. Et ce problème de l’aristocratie avec leur noblesse ! Vie ou mort, maladie, santé, esprit et nature. Sont-ce là des contraires ? Je demande : sont-ce là des problèmes ? Non, ce ne sont pas des problèmes, et le problème de leur noblesse n’en est pas un. La déraison de la mort relève de la vie, sinon la vie ne serait pas vie, et la position de l’Homo Dei est au milieu avec la déraison et la raison, de même que sa position est entre la communauté mystique et l’individualisme inconsistant. Voilà ce que j’aperçois de ma colonne. Dans cette position, il lui faut avoir avec lui-même des rapports raffinés, galants et aimablement respectueux, car lui seul est noble, mais les contraires ne le sont pas. L’homme est maître des contradictions, elles existent grâce à lui et, par conséquent, il est plus noble qu’elles. Plus noble que la mort, trop noble pour elle, et c’est la liberté de son cerveau. « 

Hans Castorp qui a frôlé la mort (physique ) prend la décision résolue d’être bon, de ne pas laisser la mort , c’est à dire la volupté, dominer et régner sur sa pensée. C’est cela l’initiation véritable, loin des horreurs « fanatiques » ( de fanum= temple) du « tremendum sacré » :

«  

Je veux être bon. Je ne veux accorder à la mort aucun pouvoir sur mes pensées ! Car c’est en cela que consistent la bonté et la charité, et en rien d’autre. 

La mort est une grande puissance. On se découvre et l’on marche d’un pas rythmé, sur la pointe des pieds, lorsqu’on l’approche. Elle porte la collerette de cérémonie du passé et on s’habille sévèrement et tout de noir, en son honneur. La raison est sotte en face de la Mort, car elle n’est rien que Vertu, tandis que la Mort est la liberté, la déraison, l’absence de forme et la volupté. …L’amour affronte la Mort ; lui seul, non pas la vertu, est plus fort qu’elle. Lui seul (pas la vertu), inspire de bonnes pensées. La forme, elle aussi, n’est faite que d’amour et de bonté : la forme et la civilisation d’une communauté intelligente et amicale, et d’un bel État humain – avec le sous-entendu discret de la cène sanglante. Oh, voilà qui est rêvé avec clarté et bien « gouverné » ! Je veux y penser. Je veux garder dans mon cœur ma foi en la Mort, mais je veux clairement me souvenir que la fidélité à la mort et au passé n’est que vice, volupté sombre et antihumaine lorsqu’elle commande à notre pensée et à notre conduite. L’homme ne doit pas laisser la Mort régner sur ses pensées au nom de la bonté et de l’amour. Et ceci pensé, je m’éveille…  »

Et le beau temps revient : fin de l’épisode de la tempête de neige.

Seul l’amour est plus fort que la mort et fait que le « Maître Absolu «  de Hegel (la Mort) n’est pas absolu. L’amour est la trace ici bas du principe d’unité qui est au dessus de tout, en ce sens qu’il n’y a rien à chercher au delà de l’unité. La Mort est luxure, absence de forme, déraison, vie sans aucune barrière ni retenue,impudeur suprême , horreur dionysiaque du sacré . L’amour est forme, principe apollinien, il ne peut émerger que dans le cadre de la civilisation qui pose des barrières (on ne se promène pas dans l’état de nudité, on réserve les rapports intimes pour… l’intimité)

« Il ne faut penser à rien moins qu’à la mort » : principe du spinozisme, qui s’oppose au « memento mori » et à la méditation bouddhiste de la mort, qui certes a son utilité provisoire pour détacher la conscience des obsessions vitales et sexuelles.

« Je veux être bon » : cette résolution se traduit à la fin par la victoire sur Eros des deux amants, Hans Castorp et Clawdia Chauchat, dans le « grand renoncement « (à Eros) qui les anime au lendemain du suicide de Mynheer Pepperkorn, le richissime « homme de poids » amoureux de la chair et du plaisir

Pierre Michel Klein : deuxième méditation métachronologique : le présent

Page 7 à 12 de CHRONON :

https://hal.archives-ouvertes.fr/hal-01893010v2/document

La méditation en arrive à distinguer le temps mental et le temps non mental qu’il appelle aussi « cours du temps »; cette dénomination est à mon sens malheureuse car elle évoque le cours d’un fleuve, image communément utilisée pour décrire le temps, cf le poème « Pont Mirabeau » de Guillaume Apollinaire

https://www.poetica.fr/poeme-794/guillaume-apollinaire-le-pont-mirabeau/

Donc le « temps qui passe » s’écoule comme coule la Seine, or la deuxième méditation démontre avec force que le temps qui passe est une illusion mentale, de façon analogue à celle de Marie Anne Cochet qui affirme : « le temps chronologique ne vient pas vers nous, c’est nous qui le créons pas à pas dans notre marche tangente à l’Esprit ».

Donc Pierre Michel Klein oppose le temps mental, qu’il appelle « temps qui passe » au temps non mental, appelé par lui « cours du temps », et que je propose d’appeler tout simplement « le temps ». Cette illusion du « temps qui passe » trouve son origine dans la confusion de deux registres, celui des modes de présence et celui des modalités temporelles. Pierre Michel Klein propose au lecteur de se représenter un échiquier avec une rangée du « temps qui passe » et une autre rangée du temps, appelée par lui « cours du temps » . La pièce « présent » peut s’engager sur la première rangée mais en aucun cas sur la seconde.

Conclusion de cette image : le « temps qui passe » accueille le présent et ses épisodes, le temps non mental ne l’accueille pas.

Le temps mental privilégie la durée, le temps privilégie l’instant.

D’où le principe, à maintenir fermement, contre vents et marées :

« le temps n’est pas un passage du présent »

Pour lutter contre la confusion mentale à l’origine de la croyance obstinée au « temps qui passe », il est nécessaire de remonter aux deux sens du mot « présent « :

– celui de la présence constatée d’une image mentale dans l’esprit

– celui , spécifiquement temporel, de « temps présent « , attribué par exemple à un instant, qui est dit alors « présent «

Mais :

« Rien de ce qui se présente dans l’esprit ne peut être dit nécessairement survenir à un instant présent du temps »

Il s’agit de faire la distinction entre instant et événement, entre devenir d’un processus et temps de ce devenir .

Mais ici souvenons nous de ce que nous avons interprété comme « déification « de la conscience , selon l’affirmation de Marie Anne Cochet :

« Dieu est la présence de l’unité dans la conscience humaine »

Mais qu’est ce que l’unité ? Pas une simple image mentale, ni une simple idée.

C’est ce que nous avons appelé une Idée divine, celle de l’Un, et c’est ce que nous avons reconnu comme l’Instant :

https://espacehott.wordpress.com/2022/04/15/quest-que-labsolu-linstant-appele-chronon/

La présence de l’un dans la conscience signifie que cette conscience est présente à l’instant, qui est l’Un, c’est à dire que l’instant est présent : c’est là la véritable signification de « vivre dans le présent » :

https://espacehott.wordpress.com/2022/05/19/aion-linstant-cest-le-present-eternel/

C’est à dire de la vie éternelle selon Wittgenstein

Éric Rohmer : « ma nuit chez Maud » (1969) et Pascal; Brunschvicg et la notion de conversion

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2020/05/10/eric-rohmer-ma-nuit-chez-maud-1969-parmi-les-six-contes-moraux/

Pour voir le film en vf

https://french-stream.ac/film/15107009-ma-nuit-chez-maud-film-streaming-complet-vf.html

Ou

https://archive.org/details/minha-noite-com-ela

Il s’agit d’un film sur la conversion, le livre de Brunschvicg « Vraie et fausse conversion « apparaît, quand Jean Louis, bloqué par la neige, après avoir raccompagné Françoise, passe la nuit dans la résidence pour étudiants où il trouve une chambre libre.

Pascal attire beaucoup les vrais et grands philosophes comme Brunschvicg qui a passé une bonne partie de sa vie à éditer les œuvres complètes de Pascal; il attire aussi les esprits fantasques comme Attali, telle la flamme attirant les papillons de nuit.

Rohmer a filmé en 1965 un entretien sur Pascal entre Brice Parain et le dominicain Dominique Dubarle :

https://youtu.be/KVWXFcSKgSg

Il y a une première discussion entre Jean Louis et Vidal sur Pascal :

https://youtu.be/UMsemcNC4vs

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2019/08/18/sortileges-et-dysthemes-de-lun-ill-never-say-never-to-always-chanson-de-la-secte-de-charles-manson/

Vidal est un marxiste, professeur de philosophie , et il s’intéresse au fameux pari de Pascal, mais en remplaçant le « salut éternel « par le « sens de l’histoire « auquel il accole une valeur « infinie »; même s’il avoue douter pour savoir si l’histoire a un sens, il ne peut pas ne pas parier sur la vérité de cette hypothèse, car elle seule garantit que sa vie, et donc son discours, n’est pas absurde . Le « sens de l’Histoire » , censée aller vers une société sans classes remplace ainsi dans le marxisme le salut éternel du christianisme, qui fait l’objet du pari de Pascal : ce dernier est l’Infini, on doit donc parier pour lui même s’il a une chance très faible d’arriver, Jean Louis qui fait des mathématiques pendant ses loisirs explique cela par la notion d’ » espérance mathématique « ( le gain multiplié par la probabilité) qui dans ce cas est infinie ( sauf si la probabilité est 0), mais il ajoute qu’il est opposé à la notion d’échange sous-tendue par le pari, de plus il est ennemi du jansénisme de Pascal.

Lors du dîner avec Maud, la conversation roule encore sur Pascal et en vient au mariage, considéré par Pascal comme « le plus inférieur des sacrements « . A partir de cet instant, le thème dévie, sous l’action de Vidal qui s’appelle lui même un « puritain » et raconte que durant leur jeunesse Jean-Louis multipliait les aventures et avait beaucoup de succès auprès des femmes. Maud se pique au jeu et retient Jean-Louis pour la nuit, sous le prétexte de la neige qui a commencé à tomber et rend les routes dangereuses. Elle affirme qu’il y a une chambre d’amis, qui se révèle inexistante plus tard lorsque Jean Louis, qui est resté , s’en enquiert ; il passera donc la nuit tout habillé, à côté de Maud nue sous les draps. Au petit matin il trouve la force de résister à une dernière tentative de séduction de Maud. C’est qu’il à déjà entrevu Françoise la blonde pendant la messe et est amoureux d’elle. Plus tard dans la matinée, sortant de chez Maud, il trouve l’audace d’aborder Françoise et d’entamer une relation amoureuse avec elle, qui se terminera par le mariage à la fin. On comprend peu à peu que les deux femmes se connaissaient : Maud avait un amant, qui s’est tué dans un accident , tandis que Françoise était la maîtresse du mari de Maud, médecin comme cette dernière. Ensuite le couple a divorcé tout en restant bons amis et Françoise est restée seule avant de rencontrer Jean-Louis sortant victorieux de l’entreprise de séduction de Maud.

Ici le théorème zéro affirme que l’histoire n’a aucun sens. Le schéma chrétien est remplacé par une dualité entre plan vital (monde) cadre de l’Histoire et plan de l’Idée, qui est le véritable infini, ce que l’Evangile appelle « royaume des Cieux « . La notion de pari n’est pas acceptée : c’est à l’homme de « faire son salut » en renonçant à la mort ( au monde) en passant par la « porte étroite « de l’Instant pour entrer dans le Royaume, résistant à ce qui est appelé dans « La montagne magique » de Thomas Mann : séduction de la mort et de la maladie, par le « grand renoncement « à l’amour érotique ( dans le roman de Thomas Mann, ce renoncement est celui de Hans Castorp et Clawdia Chauchat, qui passent une seule nuit ensemble)

https://anthroposophiephilosophieetscience.wordpress.com/2016/10/22/cochetbrunschvicg-6-la-conversion-de-la-chair-a-lesprit-dans-le-temps-hermetique/

https://ahrimanfaust.wordpress.com/2012/06/20/la-montagne-magique-ahriman-lucifer-et-lanthroposophie/

Ce renoncement à Eros est donc bien un renoncement au mariage et à la procréation, mais celui ci vise le véritable Amour, Amor Dei Intellectualis, comme le montre la fin prodigieuse du roman :

«

Adieu, Hans Castorp, brave enfant gâté de la vie ! Ton histoire est finie. Nous avons achevé de la conter. Elle n’a été ni brève ni longue, c’est une histoire hermétique. Nous l’avons narrée pour elle-même, non pour l’amour de toi, car tu étais simple. Mais en somme, c’était ton histoire, à toi. Puisque tu l’as vécue, tu devais sans doute avoir l’étoffe nécessaire, et nous ne renions pas la sympathie de pédagogue qu’au cours de cette histoire nous avons conçue pour toi et qui pourrait nous porter à toucher délicatement de la pointe du doigt le coin de l’œil, à la pensée que nous ne te verrons ni ne t’entendrons plus désormais.
Adieu ! Tu vas vivre maintenant, ou tomber. Tes chances sont faibles. Cette vilaine danse où tu as été entraîné durera encore quelques petites années criminelles et nous ne voudrions pas parier trop haut que tu en réchapperas. À l’avouer franchement, nous laissons assez insoucieusement cette question sans réponse. Des aventures de la chair et de l’esprit qui ont élevé ta simplicité t’ont permis de surmonter dans l’esprit ce à quoi tu ne survivras sans doute pas dans la chair. Des instants sont venus où dans les rêves que tu gouvernais un songe d’amour a surgi pour toi, de la mort et de la luxure du corps. De cette fête de la mort, elle aussi, de cette mauvaise fièvre qui incendie à l’entour le ciel de ce soir pluvieux, l’amour s’élèvera-t-il un jour ?
FINIS OPERIS. »

Dans le film de Rohmer , Jean-Louis se caractérise lui même comme « converti « et catholique, ce qui implique pour lui la fidélité à Françoise même s’ils ne sont pas encore mariés et ne se sont encore jamais parlé.

Ici les choses sont un peu différentes : le salut suprême est la conversion de la conscience, ce qui signifie la présence de l’unité en elle, c’est à dire tout aussi bien sa présence à l’instant, la vie éternelle dans l’instant présent.

« Il a la vie éternelle, celui qui vit dans le présent « (Wittgenstein)